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mercredi 25 août 2010

Antoine Brivet jette l'encre à St Malo (Ces portraits Ma'Muse (4)

Antoine Brivet est un auteur roannais de 30 ans qui sort son premier album BD à la rentrée, chez l'éditeur Ankama. Le titre :
«
Tortuga », une histoire de piraterie et de malédiction, pleine d'aventure et de rebondissements, qui verra deux tomes.

Avant le lancement de l'album, à l'occasion du festival Quai des bulles de St Malo les 8,9,10 Octobre 2010… je suis allé rencontrer ce professeur des écoles dans l'appartement roannais qu'il partage avec sa compagne et leur jeune fille. A ce moment là, Antoine est en train de mettre la main aux dernière retouches sur son ordinateur.

F : C'est ta première publication ?

A : Oui, mais j'ai fait beaucoup de dossiers auparavant. Ce projet est scénarisé par Sébastien Viozat et colorisé par Virginie Blancher, (coloriste entre autre sur Mr Hyde contre Frankenstein, chez Soleil, mais aussi chez Delcourt, Soleil, Clair de lune, Ankama...) voir sa biblio sur : Crazy-pooh. On l'a trouvée et retenue suite à un appel sur le forum de Café salé, après une trentaine d'autres qui avaient répondu.

F : D'où viens-tu ?

A : Je suis né à Bourg en Bresse en 1980. J'ai fait un an de beaux arts à Lyon, mais c'était trop »conceptuel », J'en suis parti avant la fin de la première année... pour finir une BD commencée avec mon frère Mathieu. (plus vieux de 4 ans ndlr.) Il est prof à Boën et continue à dessiner pour le plaisir à l'occasion.

F : As-tu participé à des Fanzines dans le passé ?

A : Oui j'en ai créé un au lycée. Trois n° A4 de BD, poésie littérature... Un journal d'étudiant en fait.

F : Comment ça s'est passé pour cet album ?

A : Pour Tortuga, Sébastien m'a proposé son scénario, et on a décidé de ne pas trop s'avancer. On a proposé à Ankama d'aller sur mon site, où j'ai développé quelques illustrations sur le thème de la piraterie. Là il ont accrochés, puis on a fait trois ou quatre planches et le contrat a été signé.

J'avais déjà participé à un projet, scénarisé par Thierry Lamy (scénario accepté par le studio 7eme choc, cf Luc besson). … J'ai bossé trois mois dessus, pour m'entendre dire au final « non, finalement c'est pas ce dessin là qu' on voyait dessus. Donc, on s'est méfié ce coup là.

F : Comment travailles-tu ?

A : Sébastien me fait passer son découpage : ambiance d'une scène, case par case, où il n'y a que les dialogues. Je fait un story board, on en discute, puis une fois qu'il est ok je fais un crayonné sur format A3, puis j'encre à la table lumineuse, strips par strip, (strip au format A4 format paysage), puis je remet ensuite ces strips sous forme A3 via l'ordi en les scannnant.

F : As tu d'autre sollicitations ?

A : Oui, d'autres contacts avec d'autres scénaristes. Mais j'ai encore 113 pages à faire pour le tome 2, donc.. on verra après.

Le bouquin sort le 23 Septembre et sera présenté en exclusivité à St Malo début Octobre.

F : C'est un beau festival. On a celui de Lyon aujourd'hui qui est pas mal non plus. Il y a eu un gros effort de fait cette année. Bizarre qu'ils l'aient placé le week-end de la fête de la musique... Tu vas faire tes premières dédicaces en Bretagne alors ?

A : Oui. ... L'éditeur devrait nous payer le voyage j'imagine. Je vais sûrement monter avec Guillaume (Griffon; autre auteur de Roanne publié, chez Akiléos.)

F : As-tu été associé à l'histoire ?

A : Non, rien du tout. Je donne mon point de vue sur les dialogue, comme Seb donne son point de vue sur les dessins, mais après.. Le tome 2 sera encore plus dynamique.

F : Sebastien a t-il déjà publié d'autres histoires ?

A : Oui, chez Ankama, « Ma vie de Zombie », « Avec les morts » « Paul Neutron, chez Teloma), ainsi qu'un autre truc chez Soleil aussi. Oui, il commence à faire sa place.

(A ce moment là, j'interpelle Antoine sur la musique qui passe en fond dans le lecteur CD, et qui me dit quelque chose )

A : Ce sont les Les Dead weather.

F : A ok. Je me souviens la vidéo que tu m'as envoyé l'autre jour. Celle avec le combat de mitraillettes entre Allison Mohart et Jack White. ("Treat me like your mother") Hallucinant. Sacré jack White !

A : Ouaip. En musique, j'étais très Metal adolescent, et puis rock. Maintenant j'écoute de tout.

F : Oui, j'ai vu ça. Je me suis reconnu dans quelques un de tes goûts. Mais en même temps, la scène alternative à laquelle tu fais allusion dans tes échanges de vidéo (sur Facebook en l'occurence) n'est pas connue de tout le monde non plus.

A : J'écoute un peu de tout. Du jazz, des musiques de film...

F : Et en BD, tu achètes beaucoup ?

A : Ah oui, beaucoup. Je dois en avoir .. je sais pas.. 1500/2000 albums. J'achète 4 ou 5 BD par mois.

F : Allons voir. (on se dirige vers le petit bureau où des étagères sont remplies d'albums)

...Tout Thorgal... Alef Thau, en réédition, Jérémiah, Jérome K Bloche, Broussaille de Frank, Anita bomba, du Kraen, Swolfs, les Treize..d'accord, beaucoup de séries complètes donc.. Péllerin : l'épervier.. ah c'est bon ça...Golden city...Akira, Hellboy, 421, Long John silver...Beaucoup de bouquins d'illustration jeunesse aussi.

A : Ca c'est plus ma femme. Qui est aussi prof des écoles.


F : Pas de comics par contre ?

A : Non très peu.

F : Et pas trop de choses anciennes.. à part Thorgal...

A : Si, chez mes parents j'ai les Blueberry, Jerry spring...Buddy longway...Tony stark...

J'ai aussi des Tintin, mais... c'est vrai que souvent une BD je l'achète pour son dessin.. et si l'histoire est super, et bien.. tant mieux.

F : Bien, et ça t'as pris comment la Bande dessinée à l'époque ?

A : Je crois que c'était avec mon frère.. grâce aux BD Total … les BD souples offertes par les stations services. On avait eu un Blueberry et un Jerry Spring.

F : Comme quoi, ça marche ces opérations !...

A : Oui enfin, disons qu'on dessinait beaucoup et une fois qu'on a lu ça.. On aimait beaucoup créer et on était très western, à fond, que ça.. On a créé deux petites histoires.. et voilà.

F : J'écoutais tout à l'heure Riad Sattouf à la radio qui disait que la bande dessinée était un des rare métiers qui te permettait de glander un peu à côté, de jouer un peu aux jeux vidéos, de rester sur des hobbies « jeune" quoi.

A : Glander ?... Je crois que c'est un des boulots les plus... les gens ne se rendent pas compte.

On lit une BD en vingt minutes, mais il y a beaucoup de travail. Il y a au moins 5 ou étapes par planches quand tu y penses. Entre le découpage scénaristique, découpage graphique, le crayonné, l'encrage, la couleur...

F : Oui, enfin pour relativiser ses propos, c'est vrai que Sattouf à un style qui est assez différent du tien. On n'est pas dans un dessin réaliste qui demande autant de technique non plus..

A : Oui, tout comme un Trondheim mettra moins de temps j'imagine à faire une planche qu'un Lauffray (Matthieu Lauffray, dessinateur de Long John Silver ndrl.)

En tous cas c'est énorme comme travail. J'ai pas le temps de jouer aux jeux vidéo moi, à côté.

F : Sur quels horaires travailles-tu ?

A : Bein ...quand j'ai du temps. Je travaille à l'école deux jours par semaine, comme prof des écoles en maternelle. Donc à mi-temps. On va dire que j'ai une demi journée de préparation au minimum...

Après j'ai quoi.. le Lundi pour moi, pour dessiner, sinon je garde ma fille... et le mercredi, samedi et Dimanche : dessin dessin dessin.

Je garde aussi du temps pour ma famille mais là par exemple, ça fait quinze jours que je suis sur les retouches.. ça pas été marrant pour ma femme... Couché tous les jours à minuit/une heure... Mais il fallait que je finisse absolument dans les temps.

F : Quels conseils pourrais-tu à donner aux (très) jeunes apprentis dessinateurs ?

A : Dessiner dessiner dessiner.. et lire. Des livres d'anatomie par exemple.


F : Lesquels ?

A : Ceux de Burne Hoggart par exemple. Les basiques quoi. Parce que mis à part apprendre auprès d'autres dessinateurs, on apprend jamais autant qu'en pratiquant , en dessinant soit-même sans arrêt.

De toutes façons il faut se dire que ce n'est pas le premier projet qui va passer... J'en ai présenté combien : une dizaine avant celui-là.. qui ont tous été refusés...

F : Et Angoulême, tu es déjà monté ?

A : Non, jamais. Je ne suis pas trop festival d'ailleurs. J'ai toujours envoyé mes dossiers. C'est pas mon truc de rencontrer les éditeurs.

F : C'est vrai que souvent les jeunes qui débutent visent d'entrée l'édition d'un album en allant voir les grand éditeurs, sans prendre la peine d'envoyer des essais par voie postale, dans des revues...etc. C'est une erreur je pense.

A : Oui, enfin moi, j'ai un travail à côté. Mais j'ai toujours eu envie de faire quelques chose que j'aurais pris plaisir à lire moi-même. J'ai vraiment envie de faire de la BD; pas de l'illustration. Je me suis donné les moyens; et j'ai protégé mes arrières en me disant...si ça ne marche pas...

F : Effectivement. Je trouve que tu es vraiment sur une répartition intéressante. C'est sûrement la recette du succès, avant d'aller plus loin. L'éducation d'un côté, et ce travail artistique de l'autre, qui commence à porter ses fruits... c'est plutôt positif.

A : Oui enfin, là je ne me rend pas bien compte. Je travaille encore comme un amateur... avec mes crayons ma feuille de papier. Pour moi tant que la BD sera pas sortie, je suis pas édité.

F : C'est une attitude responsable et humble qui est honorable. En tous cas, après, ta création va te dépasser et « t'échapper ».

A : Oui. Mais je continuerai à présenter des dossiers durant la préparation du tome 2 quand même... pour tenter d'enchaîner ensuite...parce qu'il faut bien manger quand même, ce n'est pour ce que ça rapporte par planche.

F : Parce que tu es sensé toucher combien sur les ventes? 10 % ?

A : Tant que l'éditeur ne s'est pas remboursé l'avance sur droits, je ne touche rien.

> après : 6% (les 2000 premières ventes), 8 % les 4000, et ensuite 10 %

Mais ce n'est pas pour ça que je l'ai fait non plus. Tout ce que je voulais, c'était avoir mon premier album. C'est tout.

Tiens au fait, j'ai un copain qui a fait une bande annonce pour Tortuga.

F : Ah oui ?, fait voir ça.

...On regarde le film sur son ordinateur, ...et là, un vrai bande annonce en dessin animé défile devant mes yeux ébahis.

Extrait du Texte off :

« 1664, sur l'île de la tortue, minuscule île perdue au milieu des caraïbes, la flibuste s'est tue deux ans plus tôt, à la mort du légendaire capitaine français, le légendaire l'Ankou. Depuis, le terrible gouverneur espagnol Don Juan Valverde règne d'une main de fer sur cette ïle qui abrite de nombreux exilés français et servit autrefois de repère à tout ce que la flibuste compte de pirates. Délaissé, délabré, sans voile et sans équipage, un navire n'attend que la volonté des pirates dont le coeur vibre encore pour le large et le combat. Pour cela il leur faut un nouveau guide et maître, quelque chose de plus que le souvenir de leur capitaine..

Une aventure où l'intrigue politique, les légendes et la magie se sont donnée rendez-vous... sur l'île de Tortuga. »

Moi , suite au générique : Voix de Jaques Chambon ?

A : Oui, la voix de Merlin dans Kameloot.

F : Qui a payé ça ?... c'est en ligne ??

A : Non, pas encore. J'avais demandé une bande annonce à un copain du métier (Raphael Penasa, qui a une boite sur Lyon), et en fait il y a passé un mois dessus, je crois avec Hérik Meyer (...) Pour rien.

F: Balèze. Belle carte de visite. Classieux.

A : Ca sera visible sûrement sur la Bedetheque de BDgest(©) et sur son site lors de la sortie : http://www.raphaelpenasa.com

F : Bonne chance Antoine. Et merci de ton accueil. On a hâte de lire ce premier tome prometteur en tous cas.

Album Tortuga. Tome 1 à paraître le 23 Septembre chez Ankama.

> Voir le blog d'Antoine sur Ankama

> Interview réalisée le 28 Juin 2010 à Roanne (F. Guigue/A. Brivet) Une version abrégée a paru dans la revue La Muse n°14.

Planches 6, 7, 8, 9 et tous les autres documents : publiés avec l'aimable autorisation de l'auteur. (© Antoine Brivet/Anakama)

Ps : "Ce portait m'aMuse" #3 a été consacré à Patrick Biesse et a paru dans la Muse # 11. Lisible en ligne (PDF sur leur site)


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